La partie subsaharienne de l’Afrique de l’Ouest est confrontée à un véritable processus de désertification. La déforestation, associée à une dégradation du couvert végétal, conduit à un appauvrissement des sols, puis à leur érosion. In fine, la disparition de la terre arable laisse place aux déserts. Le phénomène est lent mais a acquis aujourd’hui une forte "inertie".
A chaque stade de ce processus les conséquences pour l’homme empirent : difficultés financières et alimentaires, famines récurrentes, migrations de populations...
A ces difficultés se superpose une problématique énergétique aiguë. Les populations concernées n’ont globalement accès qu’à une seule source d’énergie domestique, le bois de chauffe, indispensable pour la cuisson des aliments. Or, le bilan entre la "production" de bois et sa consommation est aujourd’hui largement déficitaire. La déforestation induite par les besoins énergétiques constitue ainsi le premier pas du processus de désertification.
Nous nous trouvons donc dans une dynamique perverse : la satisfaction de deux besoins fondamentaux pour les populations, la nourriture et l’énergie, conduit à terme à une incapacité structurelle à y répondre. Les projections dans l’avenir de cette réalité, déjà précaire au présent, dessinent des scénarios particulièrement préoccupants.
Si la désertification apparaît sur place dans toute son évidence, il en va autrement de sa résolution, tant nous sommes confrontés à une problématique complexe. Seule une forte volonté politique, cohérente, concertée, disposant de moyens et partagée par les acteurs de terrain pourrait permettre de sortir, à terme, de cette logique, il n’en est rien. Ainsi, malgré les efforts, quantitativement importants, tentées depuis plus de vingt ans, la tendance générale n’est pas à l’amélioration, bien au contraire. Face à cet échec, les partenaires de ces programmes remettent en question les concepts même qui sous-tendait leur action.
De ce bilan bien sombre certains tirent pourtant une réflexion constructive et des propositions d’avenir : tout d’abord, malgré la gabegie qu’elle représente, la masse des pratiques de terrain, issue des différentes politiques de développement, constitue un patrimoine expérimental épars mais inestimable qu’ils entendent valoriser.
D’autre part, des expériences singulières, naguère marginalisées ou ignorées du fait d’approches non conformes aux grandes doctrines internationales, se trouvent aujourd’hui, avec leurs résultats, correspondre à cette évolution des consciences. Au-delà de leur ténacité, elles ont des caractéristiques communes qui dessinent un nouveau modèle : elles agissent sur un territoire donné au travers d’une forte implication dans le tissu social. Leurs approches intègrent largement différents aspects des problématiques. Si elles ont souvent eu recours à des compétences et des financements extérieurs, elles entendent demeurer indépendantes et devenir à terme actrices endogènes de la réalité du continent. A ce titre, il convient de rappeler que derrière ces structures se cachent toujours des hommes. A l’origine des expériences les plus riches et prometteuses, on trouve souvent des individus qui, noir ou blanc, ont investi leur humanité, leurs temps, leurs compétences et souvent leurs moyens dans ces chimères que sont les idéaux de développement fraternel.
Inspirées par l’adage "Penser globalement, agir localement", des structures comme l’APEES - qui luttent contre la déforestation en substituant au bois les énergies renouvelables - sont emblématiques de ce que pourraient être des modèles d’actions pour un développement durable et solidaire. Les objectifs n’ont pas changé, c’est dans les moyens, dans la manière et dans les résultats que s’exprime la différence.
Ainsi, la particularité de cette approche n’est pas tant d’avoir développé des alternatives efficaces et des solutions techniquement éprouvées que d’inscrire ses actions au cœur de cette complexité avec modestie et persévérance. A titre d’exemple, I’APEES a formé de jeunes techniciens soudeurs et les a aidé dans leur installation comme artisans indépendants. Ils constituent aujourd’hui le réseau de fabricants de cuisinières solaires, partenaires indispensables, qui couvrent les grandes régions du pays. Il en va de même pour les techniciens du photovoltaïque et pour les animateurs de terrain.
Ce travail de longue haleine a longtemps piétiné. Des "accidents" de parcours, le manque de moyens et de soutien dans un contexte régional difficile, en ont découragé certains.
Pour autant, la période dévolue à la seule Recherche & Développement, est aujourd’hui terminée. La pertinence éprouvée de cette approche et son succès débouchent depuis peu sur un accroissement significatif de l’offre. Plusieurs structures d’importance se sont engagées sur des programmes de distribution de cuiseurs solaires. Ainsi, fin 2001, le groupement NAM, ONG rurale de poids, représentée dans chaque département burkinabé, s’est associée à ce mouvement en produisant dans ses propres ateliers une première série de 70 cuiseurs, suivie de 200 autres en 2002, et compte bien amplifier sa production à l’avenir.
ACCEDES, à Bobo Dioulasso, distribue annuellement 25 à 50 cuiseurs et APFG, à Gaoua, a démarré en 2002 par une série de 70. Chacune de ces structures a su en amont trouver des financements pour rendre accessibles les cuiseurs en "subventionnant" de 25% à 75 % des coûts de production. En deux ans, se sont ainsi produits plus de cuiseurs que dans les 10 dernières années, et l’on en totalise aujourd’hui plusieurs milliers sur le seul Burkina.
On peut aussi noter la mise au point et un début de distribution d’un nouveau modèle, dit "papillon", plus performant encore, signe du dynamisme de la filière.
Au commencement de notre implication en 1999, nous étions conscients que la filière des cuiseurs solaires était confrontée à un seuil de développement. Ainsi, notre soutien consistait à concevoir et réaliser un outil de communication pour une large campagne de sensibilisation et d’information fondée sur des interventions de terrain auprès des populations et d’associations relais. Compte-tenu de l’impact très positif des rares documents audiovisuels existants, la réalisation d’un film s’avérait une option particulièrement intéressante.
Dans cette perspective et en collaboration avec l’ONG Burkinabé APEES, nous nous sommes engagés dans la réalisation d’un documentaire "visant à encourager les populations à domestiquer les énergies nouvelles en lieu et place du bois de chauffe".
Notre projet, qui ne bénéficiait pas alors de la dynamique actuelle, a rencontré beaucoup de scepticisme et nous avons mis près de quatre années à boucler la réalisation, plus deux années pour finaliser les versions lingustiques et financer la distribution du film en Afrique
Nous sommes satisfaits de constater que notre engagement pionnier prend aujourd’hui tout son sens et se révèle plus que jamais utile et nécessaire.